lundi 16 décembre 2013

Méduses ou la hantise des baigneurs

Si l'été, vous allez à la plage et que vous ne voyez personne dans l'eau, votre regard va se porter sur le pavillon de baignade du poste de secours proche pour en trouver l'explication. Si le drapeau jaune est hissé (depuis cette année, il remplace le drapeau violet) (1), c'est que la baignade est interdite. Deux raisons à cela : pollution ou présence de méduses.

Drapeau jaune sur la plage des Roches Brunes
Si ce sont des méduses, sachez qu'en principe elles ont été amenées par les courants, et il est fort possible que le lendemain il n'y en ait plus... Ces petites méduses pélagiques fréquentent nos côtes été comme hiver, d'une année sur l'autre. On ne peut donc plus parler d'année à méduses, avec une prolifération cyclique du littoral marin, sans faire référence au film français "L'année des méduses".

Méduse pélagique dont on aperçoit les organes à travers son ombrelle transparente
Celles-ci sont de couleur rosée, avec un chapeau transparent qui laisse entrevoir sa mésoglée, son endoderme et ses gonades, huit tentacules et autant de filaments urticants pouvant atteindre 2 mètres de long. Le poison que ces filaments inoculent à leur simple contact est particulièrement virulent. La piqûre provoque chez les baigneurs une sensation de brûlure, des démangeaisons, voire des allergies. Dans certains cas, notamment autour des yeux et des lèvres, la douleur est si intense qu'elle peut provoquer la noyade.

Méduse pélagique nageant
Dans la mythologie grecque, Méduse est une des trois gorgones, animaux fantastiques malfaisants, monstres des enfers dans l'Odyssée. C'est dire la mauvaise réputation que véhicule Pelagia noctiluca (2), la méduse la plus urticante de Méditerranée, qui tire son nom du grec pelagia signifiant "de la mer", nocti : "nuit" et luca : "lumière". Autrement dit c'est un organisme marin ayant la faculté de briller dans le noir.

Mucus lumineux recouvrant l'ectoderme de Pelagia noctiluca
Ce phénomène est possible grâce à un mucus lumineux produit par le chapeau (ectoderme) de ce cnidaire lorsqu'il est dérangé par les vagues, et qu'on voit bien sur les photos. Les petits points rouges qui la recouvrent sont en fait des faisceaux de cellules urticantes.

Pelagia noctiluca avec ses longs filaments urticants
La méduse pélagique, appelée aussi pélagie ou piqueur-mauve, se nourrit de zooplancton constitué de petits animaux qu'elle capture en les paralysant. Si on rencontre ces méduses été comme hiver, cela est peut-être du à deux effets conjugués. D'une part le réchauffement climatique impactant les courants marins et la salinité de l'eau, favorisant donc l'augmentation du plancton dont elles se nourrissent, et d'autre part la raréfaction de ses prédateurs tels les poissons-lunes, proies faciles pour les requins qui sont de plus en plus nombreux en Méditerranée, et les tortues marines victimes de l'ingestion des sacs en plastique... qu'elles prennent pour des méduses ! On a observé aussi que les méduses envahissent les eaux lorsque leurs concurrents (baleines, requins pèlerins qui se nourrissent de zooplancton) sont victimes de surpêche.

Amas de méduses pélagiques
Apportées par les flots et les courants vers la rive, beaucoup de méduses pélagiques viennent s'y échouer et mourir. Nul besoin de les ramasser car leur corps gélatineux composés de 95% d'eau se désagrègeront naturellement au bout de 24 heures.

Méduses pélagiques échouées sur la berge
De la piqûre à la syncope : (3)

Il faut savoir que la piqûre de Pelagia noctiluca agit comme un coup de fouet et se manifeste sur l’épiderme par une irritation cutanée, une abrasion rouge de la peau sur une zone bien localisée. Selon l'importance du venin injecté, il s'ensuivra :
1°) une sensation de brûlure accompagnée de douleur et de lésions urticariennes ;
2°) des nausées, crampes stomacales et difficultés respiratoires ;
3°) des évanouissements, vomissements et complications respiratoires.

La première chose à faire est de sortir rapidement de l'eau, car en cas de douleurs et crampes, la noyade est imminente. Tamponner la zone infectée avec du sable sec, sans frotter, pour faire tomber les filaments et les nématocystes urticants. Dix à quinze minutes après, terminer en nettoyant délicatement la piqûre avec de l'eau de mer. Si la douleur persiste, demander au pharmacien une pommade anti-urticante à appliquer sur la plaie.

Fort de ces connaissances, vous savez désormais à quoi vous en tenir quand vous verrez le drapeau jaune flotter au dessus du poste de secours !

Sources :
(1) Règlementation des plages : QUALIMER
(2) Etymologie et description de Pelagia noctiluca : WIKIPEDIA
(3) Premiers secours : le Club Nautique de Tollare
(4) Photos : RHP Collection

3 commentaires:

  1. Super l'article sur les méduses. Drapeau jaune je reste à la maison ;-)

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  2. Les méduses je connais. Alors que je faisais une reconnaissance à St-Tropez dans les années 60 pour fournir à Von Karajan un devis d'appontement, j'ai été brûlé sur la lèvre supérieure. Le pharmacien du coin, très au courant, m'a donné une pommade (spéciale pour les dames) qui a stoppé la douleur et dégonflé la lèvre ! Avant, les tortues mangeaient les méduses. Après elles se sont trompées et ont bouffé les sacs en plastique qui les ont fait crever... et les méduses ont pu ainsi croître et multiplier !

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  3. Les pommades anti-brûlures type Biafine donnent d'excellents résultats, pour l'avoir utilisée sur les lèvres et la joue. Voilà ce qui arrive quand on veut traverser un champ de méduses pélagiques... même avec la combi et en faisant attention ! Il suffit d'un filament qui traîne, et c'est la cata !!!

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